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Flammes Jumelles, et si la science confirmait le phénomène… mais pas du tout comme vous l’imaginez ?
- phyl eyoka
Dans « Flammes jumelles : la vérité sur ce qui doit vraiment se passer avant la réunion », nous avions poussé le lore jusqu’à une question légèrement embarrassante : que reste-t-il du runner, du chaser, du switch, des tierces et de la réunion lorsqu’on retire provisoirement la 5D, les énergies et les âmes miroirs pour regarder uniquement ce qui se passe entre deux êtres humains ? J’avais promis d’aller vérifier du côté de la psychologie de l’attachement. Je suis allé vérifier. Et j’ai une mauvaise nouvelle pour ceux qui espéraient ranger tranquillement les flammes jumelles dans la boîte des jolies histoires inventées par Internet : ça va être beaucoup plus compliqué que ça.
Runner et chaser : quand la psychologie raconte presque la même histoire avec des mots beaucoup moins sexy
Commençons par les deux personnages les plus célèbres du lore. Le chaser recherche le lien. Lorsque l’autre s’éloigne, son système semble s’activer davantage : il cherche à comprendre, veut parler, surveille les signes de distance, tente de restaurer la proximité, rumine parfois jusqu’à consacrer une quantité considérable d’énergie à empêcher la disparition de la relation. Le runner semble souvent accomplir le mouvement inverse. Plus l’intensité relationnelle augmente, plus il peut ressentir le besoin de retrouver de l’espace, de diminuer l’importance de ce qu’il ressent, de revenir vers son autonomie ou simplement de faire cesser l’activation produite par la relation.
La psychologie de l’attachement possède deux expressions remarquablement adaptées à ces mouvements : hyperactivation et désactivation. Dans Attachment in Adulthood, Mario Mikulincer et Phillip Shaver synthétisent une importante littérature sur ces stratégies. Lorsqu’une personne très anxieuse perçoit une menace sur le lien, elle tend davantage à augmenter sa recherche de proximité et son attention aux signes de danger relationnel. Les stratégies évitantes cherchent au contraire davantage à préserver l’autonomie et à réduire l’activation du système d’attachement.
Chaser, hyperactivation. Runner, désactivation.
Les concepts ne sont évidemment pas interchangeables au mot près. Mais pour quelque chose qui devait éventuellement s’effondrer dès que nous retirerions la spiritualité de l’équation, le voyage commence plutôt bien.
Même la fameuse poursuite-fuite a déjà un nom dans les laboratoires
Le lore raconte ensuite une danse devenue presque caricaturale : plus le chaser poursuit, plus le runner fuit ; plus le runner fuit, plus le chaser poursuit.
Cette boucle possède elle aussi une cousine très sérieusement étudiée : le cycle demande-retrait, ou demand-withdraw. Les recherches sur les interactions de couple observent depuis longtemps des configurations dans lesquelles un partenaire cherche davantage la discussion, la résolution ou le rapprochement tandis que l’autre réduit l’interaction, se ferme ou se retire. Les travaux contemporains montrent également comment les stratégies d’attachement des deux partenaires peuvent participer à cette dynamique.
Le point intéressant n’est pas simplement que l’un aime parler et que l’autre préfère qu’on lui fiche la paix. C’est que la stratégie utilisée par chacun pour se rassurer peut devenir précisément ce qui active le système de l’autre.
L’un poursuit parce qu’il sent le lien menacé. L’autre ressent cette poursuite comme une menace sur son autonomie et augmente la distance. Cette nouvelle distance confirme au premier que le lien est en danger ; il cherche donc davantage à le restaurer. Ce qui augmente encore la pression ressentie par le second.
Il n’est pas nécessaire d’avoir entendu parler des flammes jumelles pour reconnaître la scène.
Non, l’humanité n’est pas distribuée entre deux personnages Pokémon
C’est ici qu’une simplification très populaire commence à devenir gênante. Le monde ne serait pas composé d’un côté des anxieux-chasers et de l’autre des évitants-runners, comme si l’humanité avait été distribuée à la naissance entre deux personnages Pokémon.
La recherche contemporaine préfère généralement penser l’attachement adulte selon deux dimensions continues : l’anxiété et l’évitement. Les travaux de Brennan, Clark et Shaver, puis ceux de chercheurs comme R. Chris Fraley, ont largement participé à consolider cette conception dimensionnelle.
Une personne peut donc présenter beaucoup d’anxiété et peu d’évitement, beaucoup d’évitement et peu d’anxiété, peu des deux, mais également beaucoup des deux. Elle peut désirer très fortement la proximité tout en en ayant simultanément peur.
Cette dernière configuration devient particulièrement intéressante lorsqu’on s’approche de ce que certains modèles nomment attachement craintif ou de certaines manifestations associées à la désorganisation — avec toutes les précautions nécessaires, puisque ces concepts ne sont pas parfaitement synonymes selon les méthodes utilisées. Une même personne peut alors connaître des mouvements d’approche et d’évitement qui paraissent contradictoires seulement si nous avons décidé à l’avance qu’elle devait appartenir à une seule équipe.
Runner ou chaser ? Parfois, la réponse pourrait simplement dépendre de ce que cette relation est en train d’activer.
Avec certaines personnes, nous pouvons devenir presque méconnaissables
La situation devient encore plus intéressante lorsque nous cessons de parler de « mon style d’attachement » comme d’un signe astrologique inscrit une fois pour toutes dans notre personnalité.
Les recherches sur les modèles internes d’attachement montrent qu’il existe à la fois des tendances relativement générales et des représentations liées à des relations particulières. Nous ne fonctionnons pas nécessairement de façon identique avec un parent, un ami très proche, un partenaire amoureux ou deux partenaires amoureux successifs.
Cela permet de rendre intelligible une expérience particulièrement déroutante : fonctionner assez correctement dans la majorité de ses relations et devenir presque méconnaissable avec quelqu’un en particulier.
Cette personne n’a pas nécessairement révélé notre « véritable personnalité ». Elle peut avoir rencontré une configuration particulière de notre système d’attachement : son comportement, nos attentes, notre histoire et surtout la dynamique qui se construit entre les deux.
Le lore des flammes jumelles insiste énormément sur cette singularité : avec les autres, je n’étais pas comme ça.
La psychologie ne permet évidemment pas d’en déduire qu’une âme miroir vient d’être rencontrée. Elle confirme cependant quelque chose de beaucoup moins spectaculaire, mais extrêmement important : oui, une relation particulière peut réellement activer notre système d’attachement d’une manière que d’autres relations n’activent pas.
Le switch devient beaucoup moins mystérieux lorsque l’attachement cesse d’être immuable
Arrivons maintenant au fameux switch.
Dans le lore FJ, les positions peuvent évoluer. Celui qui poursuivait peut finir par lâcher. Celui qui semblait parfaitement capable de vivre avec la distance peut découvrir beaucoup plus tard ce que signifie réellement la possibilité de perdre le lien.
La science ne possède malheureusement aucune étude intitulée Que se passe-t-il lorsque le runner et le chaser switchent ?Il faudra probablement encore attendre quelques financements.
En revanche, elle montre quelque chose d’essentiel : l’attachement possède une certaine stabilité, mais il n’est pas immuable.
R. Chris Fraley, Omri Gillath et Peter Deboeck ont notamment suivi plus de 4 000 personnes à travers différents événements de vie. Leurs résultats montrent que certains événements sont associés à des modifications de l’anxiété ou de l’évitement d’attachement. Beaucoup de ces changements tendent ensuite à revenir vers leur trajectoire antérieure, tandis que d’autres peuvent persister davantage, avec de fortes différences entre les individus.
Et c’est précisément ici que notre relation suivante entre dans la pièce.
La contamination : quand une relation apprend à la suivante comment nous protéger
Imaginons quelqu’un qui a passé une relation entière à poursuivre. Il a attendu, cherché à comprendre, insisté, espéré, encaissé les distances, vécu certains comportements comme des abandons successifs. Son système d’attachement a été sollicité jusqu’à l’épuisement et la relation se termine sans que l’expérience ait véritablement été intégrée.
Puis cette personne rencontre quelqu’un d’autre.
Elle ne recommence pas nécessairement à poursuivre. Quelque chose en elle peut avoir retenu une leçon beaucoup plus simple : plus jamais ça. Elle se méfie désormais de sa propre dépendance, augmente la distance, refuse de trop s’investir ou prend la fuite beaucoup plus rapidement dès qu’elle sent qu’une personne devient importante. Elle n’est pas forcément devenue plus sécure. Elle a peut-être simplement appris une nouvelle manière de ne plus souffrir.
Et cette nouvelle protection peut produire exactement le problème inverse. Cette fois, elle rencontre quelqu’un qui cherche beaucoup de proximité, beaucoup de réassurance, beaucoup de présence. Elle se sent envahie, étouffée, absorbée. Elle finit par s’éloigner ou par rompre. Peut-être perd-elle alors un lien auquel elle tenait réellement. Dans la relation suivante, cette perte est désormais inscrite dans son histoire : la dernière fois que j’ai gardé mes distances, quelqu’un que j’aimais est parti.
La peur de perdre peut revenir au premier plan.
Et voilà comment une personne peut finir par faire du ping-pong entre ses propres protections : une relation dans laquelle elle vit la distance de l’autre comme une maltraitance ou un abandon, puis une autre dans laquelle elle vit sa proximité comme un étouffement ; poursuite, protection, fuite, perte, nouvelle poursuite.
Mais il y a quelque chose d’encore plus important : cela ne signifie même pas nécessairement qu’elle vient successivement de rencontrer « un évitant » puis « un anxieux ».
Le comportement d’une personne qui n’est que modérément distante peut devenir extraordinairement activant pour quelqu’un qui vient d’être abandonné. À l’inverse, un besoin de proximité parfaitement supportable pour beaucoup peut devenir insupportable pour quelqu’un qui vient de passer plusieurs années dans une relation vécue comme fusionnelle ou intrusive.
Nous ne rencontrons jamais seulement le système d’attachement de l’autre. Nous rencontrons aussi ce que son comportement fait au nôtre.
C’est cela que j’appellerais volontiers la contamination relationnelle : une relation ne transmet pas mécaniquement son scénario à la suivante, mais elle peut modifier la stratégie avec laquelle nous essayons de ne pas revivre la même douleur.
La littérature scientifique ne démontre pas ce ping-pong précis comme une loi universelle. Elle nous donne cependant les pièces nécessaires pour le penser : plasticité de l’attachement, influence des événements relationnels, variations contextuelles et coexistence possible de stratégies anxieuses et évitantes.
Ajoutons maintenant deux personnes arrivant chacune dans la relation avec leur propre contamination, mais à des endroits différents de leur trajectoire.
Le fameux switch devient soudain beaucoup moins mystérieux.
On peut énormément apprendre seul, mais l’attachement se révèle lorsqu’il y a de nouveau quelque chose à perdre
Une séparation peut devenir un formidable terrain de travail. On peut apprendre à réguler son système nerveux, remettre des limites dans sa famille, reprendre sa place auprès de ses proches, réparer certaines amitiés, clarifier d’anciennes relations, retrouver ses projets et découvrir qu’une absence de réponse n’est pas nécessairement une catastrophe.
Tout cela compte réellement. Les parents, les amis très proches ou d’autres personnes peuvent d’ailleurs constituer de véritables figures d’attachement. L’attachement amoureux n’est pas le seul attachement humain digne de ce nom.
Mais il existe une différence entre acquérir une capacité et découvrir ce qu’elle devient lorsque nous revenons précisément sur le terrain qui nous mettait autrefois en difficulté.
Le système d’attachement devient particulièrement visible lorsqu’une relation compte suffisamment pour que sa perte devienne possible. C’est sous la menace, l’incertitude, la dépendance et le besoin de proximité que les stratégies d’hyperactivation ou de désactivation ont le plus de chances de refaire surface.
Nous pouvons donc travailler notre régulation dans énormément d’endroits de notre vie. Les relations familiales, les amitiés profondes, les anciens conflits que nous parvenons enfin à résoudre peuvent même constituer d’excellents terrains pour apprendre à poser une limite sans détruire un lien, rester proche sans s’abandonner ou supporter qu’une autre personne ne fonctionne pas comme nous.
Mais si la difficulté que nous voulons transformer concerne spécifiquement l’intimité amoureuse profonde, il faudra bien qu’un jour cette profondeur existe de nouveau.
Avec « son autre », si le lien revient réellement dans la vie concrète.
Ou avec quelqu’un d’autre.
Pas nécessairement la personne avec laquelle nous finirons notre vie. Simplement quelqu’un qui compte suffisamment pour que l’incertitude redevienne réelle.
Un changement relationnel n’a pas seulement besoin d’exister lorsque personne ne l’active. Il doit pouvoir survivre à l’activation.
Les tierces cessent alors d’être des figurants gênants dans l’histoire principale
C’est ici que l’un des éléments les plus connus du lore des flammes jumelles devient beaucoup plus intéressant.
Les « tierces » ont souvent un rôle assez ingrat dans le récit. Elles sont présentées comme des obstacles, des distractions, des relations karmiques ou des étapes retardant la grande réunion. Elles existent essentiellement par rapport aux deux personnages principaux, comme si elles avaient eu la malchance d’obtenir un rôle secondaire dans une série dont elles ignoraient le scénario.
Psychologiquement, nous pouvons leur rendre une place beaucoup plus digne.
Les relations intermédiaires cessent d’être des figurants gênants dans l’histoire d’amour principale. Elles deviennent potentiellement des laboratoires relationnels.
Une personne peut avoir travaillé énormément seule et découvrir, au moment où quelqu’un commence réellement à lui plaire, que son ancien fonctionnement revient au galop. Elle peut aussi découvrir l’inverse : ressentir une attirance profonde, accepter l’incertitude, laisser quelqu’un devenir important et constater qu’elle ne s’abandonne plus pour autant.
Le chaser peut découvrir qu’il sait aimer sans organiser toute son existence autour de la conservation du lien. Le runner peut découvrir qu’il sait laisser quelqu’un compter sans devoir immédiatement réduire son importance pour retrouver de l’air.
Et cette relation n’a absolument pas besoin de durer toute une vie pour avoir été réelle, importante ou transformatrice.
Elle n’était peut-être pas un obstacle placé entre deux flammes.
Elle était peut-être simplement une relation.
Ce qui, lorsqu’on y pense, est déjà beaucoup.
Le sexe ne dit pas nécessairement où se trouve l’attachement
Cette distinction devient particulièrement intéressante lorsque nous parlons de sexualité pendant une séparation.
Les systèmes sexuel et d’attachement interagissent, mais ils ne sont pas identiques. Debra Schachner et Phillip Shaver ont notamment étudié la manière dont anxiété et évitement sont associés à différentes motivations sexuelles. En moyenne, une anxiété d’attachement plus élevée peut davantage associer la sexualité à la recherche de proximité ou de réassurance, tandis qu’un évitement plus élevé peut être davantage compatible avec certaines motivations sexuelles moins liées à l’intimité émotionnelle.
Cela ne signifie évidemment pas que les évitants couchent partout ou que les anxieux ne couchent que lorsqu’ils sont amoureux. Les statistiques ne sont pas des biographies individuelles.
Cela signifie simplement qu’avoir des partenaires sexuels pendant une séparation ne nous apprend finalement pas grand-chose, à lui seul, sur la profondeur d’un attachement existant. Quelqu’un peut séduire, coucher, vivre des histoires et maintenir malgré tout une distance émotionnelle considérable.
Le véritable crash-test commence lorsque quelqu’un devient important.
Lorsque nous ne savons plus exactement ce que cette relation deviendra. Lorsque nous acceptons de nous attacher sans garantie. Et, dans le cadre particulier du lore FJ, lorsque nous devons en plus accepter que nous ignorons ce que deviendra le lien avec « l’autre ».
L’incertitude n’est alors plus seulement quelque chose qu’il faut réussir à supprimer.
Elle devient quelque chose que l’on apprend à traverser.
Alors… est-ce qu’on vient réellement de prouver que les flammes jumelles existent ?
Nous y voilà.
Après tout, c’était un peu la promesse scandaleuse du titre.
Nous avons un runner et un chaser dont les comportements ressemblent étonnamment aux stratégies de désactivation et d’hyperactivation décrites dans la littérature sur l’attachement. Une poursuite-fuite qui possède une correspondance avec le cycle demande-retrait étudié dans les relations. Une anxiété et un évitement qui fonctionnent comme des dimensions plutôt que comme deux espèces humaines. Des personnes capables de présenter les deux, des relations particulières capables d’activer différemment ces dimensions, des événements relationnels susceptibles de les faire évoluer et des relations suivantes dans lesquelles ces transformations peuvent être éprouvées.
Nous savons également que sexualité et attachement ne se recouvrent pas parfaitement, que le fonctionnement d’une personne n’est pas identique avec tous ses partenaires et que les fameuses « tierces » peuvent donc avoir une fonction beaucoup plus intéressante que celle d’attendre gentiment que l’histoire principale reprenne.
Ça commence à faire beaucoup pour une jolie histoire qui devait sortir entièrement de l’imagination d’Internet.
Alors oui.
Les flammes jumelles existent.
Enfin…
Tout dépend désormais de ce que nous décidons d’appeler « flammes jumelles ».
Le lore FJ est peut-être surtout un banger narratif absolument remarquable
John Bowlby commence à construire la théorie de l’attachement au milieu du XXe siècle. Mary Ainsworth contribue ensuite considérablement à son développement. En 1987, Cindy Hazan et Phillip Shaver proposent explicitement de penser l’amour romantique adulte comme un processus d’attachement. Les décennies suivantes voient apparaître des modèles toujours plus fins, jusqu’aux recherches contemporaines sur l’anxiété, l’évitement, la régulation, les interactions entre partenaires et la plasticité de l’attachement.
Tout cela était disponible.
Mais soyons sérieux deux minutes.
Combien de personnes allaient spontanément ouvrir Attachment and Loss de Bowlby parce que quelqu’un ne répondait plus à leurs messages ?
Le lore des flammes jumelles a trouvé beaucoup plus efficace.
Il a fabriqué une histoire.
Il y a le chaser. Il y a le runner. L’un poursuit. L’autre fuit. Arrive la séparation. Puis le travail sur soi, le lâcher-prise, le switch, les tierces, la reconnexion et, peut-être, la réunion.
Et soudain, des mécanismes relationnels extrêmement complexes deviennent racontables.
C’est un banger narratif et marketing absolument remarquable.
Il serait d'ailleurs injuste de réduire cette réussite aux personnes qui ont cherché à commercialiser le phénomène. Pendant des années, des vidéos, des articles, des témoignages, des discussions et des communautés ont enrichi collectivement ce vocabulaire. Tout n’a évidemment pas la même valeur et tout ne possède pas la moindre validation scientifique. Mais quelque chose s’est produit : des personnes qui n’auraient probablement jamais tapé « stratégies secondaires d’hyperactivation du système d’attachement » dans Google se sont mises à réfléchir pendant des heures à leurs blessures, leur peur de l’abandon, leur besoin de contrôle, leur difficulté à lâcher un lien ou leur tendance à fuir l’intimité.
Runner voyage mieux que « stratégie de désactivation ».
Chaser voyage mieux qu’« hyperactivation du système d’attachement ».
Et « switch » possède, reconnaissons-le, un potentiel légèrement supérieur sur les réseaux sociaux à « modification longitudinale des stratégies de régulation de l’attachement après événements relationnels significatifs ».
Il fallait peut-être simplement raconter une bonne histoire.
Vous êtes peut-être entré par la spiritualité et avez appris de la psychologie sans le savoir
C’est probablement l’une des parties que je préfère dans toute cette histoire.
Une personne peut entrer dans le lore des flammes jumelles parce qu’elle cherche à comprendre une relation complètement déroutante. Elle découvre le runner, puis le chaser. Elle entend parler de blessures, de lâcher-prise, de répétitions relationnelles, de limites, de dépendance, parfois de système nerveux et progressivement de styles d’attachement.
Elle pensait chercher une explication spirituelle.
Elle était également en train d’acquérir, parfois avec un vocabulaire totalement différent, des intuitions que la psychologie relationnelle travaille depuis des décennies.
Cela ne signifie évidemment pas qu’elle possède soudain le savoir d’un chercheur spécialisé dans l’attachement. Cela signifie quelque chose de beaucoup plus intéressant : une mythologie populaire a réussi à rendre accessibles des questions que des décennies de littérature scientifique n’avaient jamais réussi à faire entrer aussi facilement dans la conversation ordinaire.
Pour cela, il faut peut-être lui dire merci.
Et surtout, découvrir aujourd’hui les concepts scientifiques correspondants n’oblige pas à considérer tout ce qui précédait comme une erreur. Cela permet simplement de disposer d’un outil supplémentaire.
La psychologie peut expliquer une partie du voyage sans décider de ce qu’il y a au-delà
Reste évidemment tout ce que nous avons volontairement laissé de côté : la 5D, les synchronicités, la sensation de percevoir l’autre à distance, les âmes miroirs, la prédestination, les retrouvailles improbables, la mission commune et tout ce que les personnes qui se reconnaissent dans le parcours FJ rangent dans sa dimension proprement spirituelle.
Aucune des recherches évoquées dans cet article ne démontre cela.
Mais expliquer psychologiquement une partie d’une expérience ne suffit pas davantage à démontrer que toute interprétation spirituelle de cette expérience serait fausse.
Nous arrivons simplement à une frontière.
Une énorme partie de ce que nous observons dans les comportements dispose déjà d’explications psychologiques robustes. Si quelqu’un souhaite y ajouter une dimension spirituelle, celle-ci n’a donc plus besoin d’expliquer à elle seule pourquoi le runner fuit, pourquoi le chaser poursuit ou pourquoi certaines relations activent extraordinairement leurs protagonistes. Elle peut venir en plus, comme une autre manière de penser le sens de ce qui est vécu.
Peut-être n’y a-t-il rien derrière.
Peut-être qu’il y a quelque chose.
Nous n’avons aucun moyen sérieux de trancher cette question ici, et ce n’est finalement pas très grave.
Deux cartes peuvent regarder le même territoire
C’est peut-être là que science et spiritualité deviennent beaucoup plus intéressantes lorsqu’on cesse de les utiliser comme deux supporters qui doivent absolument gagner le match.
La psychologie peut nous apprendre pourquoi nous poursuivons, pourquoi nous fuyons, pourquoi certaines relations nous activent beaucoup plus que d’autres, pourquoi nous reproduisons certaines stratégies et comment celles-ci peuvent évoluer. Le lore des flammes jumelles raconte une histoire autour de cette expérience. Il lui donne des symboles, une trajectoire et, pour ceux qui le souhaitent, une signification spirituelle.
Les deux cartes peuvent se superposer sur une partie du territoire sans être identiques.
Découvrir la carte psychologique ne nous oblige pas à brûler l’autre. On peut conserver le mystère sans utiliser le mystère pour expliquer ce que nous savons déjà expliquer. On peut aimer le symbole sans le confondre avec une démonstration. On peut même continuer à parler de runner, de chaser, de switch ou de tierces tout en comprenant les mécanismes d’attachement susceptibles de se cacher derrière ces mots.
Finalement, le lore des flammes jumelles n’est peut-être pas fascinant malgré tout ce qu’il romantise. Il est peut-être devenu aussi puissant parce qu’il a transformé des mécanismes relationnels extrêmement complexes en une histoire que Monsieur et Madame Tout-le-Monde pouvaient comprendre, raconter et transmettre.
Alors, les flammes jumelles existent-elles ?
Si nous parlons d’une dynamique relationnelle extraordinairement activante, dans laquelle poursuite et retrait peuvent se renforcer mutuellement, où les positions ne sont pas nécessairement immuables, où les expériences vécues laissent des traces dans les relations suivantes et où d’autres attachements peuvent devenir de véritables laboratoires de transformation, nous avons désormais beaucoup plus que du folklore pour en parler.
Si nous voulons savoir si deux âmes se sont reconnues avant de s’incarner et continuent à se retrouver quelque part en 5D, la psychologie ne possède simplement pas l’outil permettant de nous répondre.
Et, pour une fois, nous pouvons peut-être accepter de ne pas savoir.
Car il reste déjà quelque chose d’assez extraordinaire : derrière l’une des grandes mythologies amoureuses d’Internet se cachait une quantité impressionnante de psychologie bien réelle.
Et personne ne nous oblige à choisir entre comprendre la mécanique et continuer à regarder les étoiles.